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vendredi 4 février 2011

Funérailles tumultueuses de Victor Noir

Le 12 janvier 1870, les funérailles d'Yvan Salmon, dit Victor Noir, sont suivies par 100.000 personnes et donnent lieu à de violentes manifestations d'hostilité au régime impérial de Napoléon III.

Offense chèrement payée

Victor Noir, à peine âgé de 22 ans, était journaliste à La Marseillaise, une feuille révolutionnaire et violemment anti-bonapartiste. Elle avait été fondée quelques mois plus tôt par le polémiste et député d'extrême-gauche Henri Rochefort, de son vrai nom Victor Henri de Rochefort-Luçay.

Le prince Pierre Bonaparte, fils de Lucien Bonaparte, neveu de Napoléon 1er et cousin de Napoléon III, s'estimant diffamé par un article de La Marseillaise, provoque en duel son rédacteur en chef, Pascal Grousset. Ce dernier envoie Victor Noir et un ami au domicile du prince, 9, rue d'Auteuil, en vue d'organiser le duel.

L'entrevue se passe mal. Victor Noir, semble-t-il, lève sa canne sur le prince et celui-ci, se saisissant d'un pistolet, fait feu sur le jeune homme et le tue net.

Pierre Bonaparte (55 ans) a combattu dans le monde entier aux côtés des libéraux.

Il a été élu député d'extrême-gauche sous la Seconde République et depuis le début du Second Empire, il se tient en retrait de la cour.

Il est connu pour son tempérament très violent (il a tué un homme en Italie). Il sera néanmoins acquitté par la Haute Cour de justice le 21 mars 1870.

En attendant, les autorités ont pris la précaution d'organiser l'enterrement de sa victime dans le cimetière de Neuilly, au coeur des quartiers bourgeois de la capitale. En dépit de cela, l'émotion de la foule débouche sur de violentes manifestations hostiles à l'Empire et à Napoléon III.

C'est le début d'une agitation politique qui ne cessera pas jusqu'à la chute de Napoléon III, quelques mois plus tard, malgré la démocratisation du régime et l'arrivée au gouvernement du libéral Émile Ollivier.

Henri Rochefort, dans La Marseillaise, ose écrire: «J'ai eu la faiblesse de croire qu'un Bonaparte pouvait être autre chose qu'un assassin».

Une tombe courue

Peu après l'instauration de la IIIe République, la dépouille de Victor Noir a été transférée au cimetière du Père Lachaise, à l'Est de la capitale. Sa tombe jouit depuis cette date d'une popularité qui ne se dément pas...

Aujourd'hui encore, des jeunes filles et des femmes en mal d'amour ou d'enfant viennent, par superstition, effleurer une certaine protubérance du gisant sculpté par Amédée-Jules Dalou (ce qui explique l'usure du bronze à cet endroit).

Celles qui ont vu leurs voeux exaucés ne manquent pas de fleurir la tombe du malheureux et séduisant journaliste.

Jules César franchit le Rubicon

Jules César traverse le Rubicon le 11 janvier de l'an 49 avant JC.

Petit fleuve côtier d'Italie centrale qui se jette dans l'Adriatique, le Rubicon sépare la Gaule cisalpine, une province romaine ordinaire, du territoire administré en direct par les magistrats romains (la ville de Rome et la péninsule italienne). La loi de Rome interdit à quiconque de franchir ce fleuve avec une armée, sauf autorisation expresse du Sénat.

En traversant sans autorisation le Rubicon avec ses troupes, César viole donc cette loi. Il lance un défi mortel au Sénat qui dirige la République

Une formule pour la postérité

La traversée du Rubicon nous est racontée par Suétone. L'historien assure qu'au moment de traverser la rivière, Jules César aurait lancé en latin : «Iacta esto alea», ou, selon l'opinion commune, «Alea jacta est» (Les dés sont jetés).

Il est bien possible que le général se soit en fait exprimé en grec, la langue des élites romaines de l'époque et déclaré : «Anerrifthô Kubos» (Que soit jeté le dé !)...

Coup d'État

Quand Jules César traverse le Rubicon, la république romaine agonise depuis déjà plusieurs décennies. Il ne reste plus rien du premier triumvirat constitué dix ans plus tôt par César, Pompée et Crassus pour mettre fin aux guerres civiles.

Crassus a trouvé la mort au combat en 53 avant JC, à Carrhae, face aux Parthes, tandis que Pompée, qui a obtenu le titre de consul, bénéficie du soutien des sénateurs (parmi lesquels l'orateur Cicéron). Il se fait couramment appeler «princeps», ce qui signifie le premier des citoyens (d'où nous vient le mot prince). Mais il n'ose pas intervenir avec ses troupes à l'intérieur de Rome pour imposer ses volontés au Sénat et mettre fin aux luttes de factions. C'est pourtant le même homme qui aurait dit : «Je n'ai qu'à frapper la terre du pied et il en sortira des légions».

En 50 avant JC, Pompée convainc le Sénat de lancer un sénatus-consulte contre César, enjoignant à celui-ci de prendre congé de son armée !

C'est le retour des guerres civiles !

César, ayant franchi le Rubicon avec la XIIIe Légion, longe l'Adriatique puis entre dans la Ville éternelle, en chasse Pompée et soumet en neuf semaines l'Italie entière.

Pompée, maladroitement, laisse sept légions dans son proconsulat d'Espagne, sous le commandement de ses légats. Il tente de son côté de constituer une autre armée en Macédoine, au nord de la Grèce, dans l'espoir de prendre César en tenaille.

Parant au plus pressé, César gagne l'Espagne en suivant la côte (il ne dispose pas de flotte). Sur le chemin, il met le siège devant Massilia (Marseille) qui a pris parti pour son rival. La ville résistera plusieurs mois. Sans attendre sa chute, César atteint l'Espagne et disperse les troupes de son rival. Là-dessus, il poursuit Pompée lui-même en Grèce et va le battre à Pharsale...

Le Putsch de la Brasserie

Le 9 novembre 1923, Adolf Hitler, un agitateur obscur d'origine autrichienne brave la police de Munich à la tête de 3000 militants et en compagnie du prestigieux général Ludendorff, héros de la Grande Guerre.

L'«année inhumaine»

1923 (que les Allemands surnomment l'«année inhumaine») a mal commencé.

Le 11 janvier, les troupes franco-belges occupent le bassin de la Ruhr, principale source de richesse du pays, pour obliger les Allemands à verser les réparations de guerre auxquelles le traité de Versaillesles a condamnés.

L'instabilité politique et la «résistance passive»à l'occupation étrangère entraînent des licenciements et des grèves dans tout le pays ainsi qu'une vertigineuse flambée des prix.

En octobre 1923, il faut compter plusieurs dizaines de milliards de marks (la monnaie de référence allemande) pour s'offrir... un dollar américain ou une baguette de pain ! Ce contexte encourage l'agitation révolutionnaire. À Berlin, le président de la République Ebert et le chancelier Streseman imposent l'état d'urgence le 26 septembre 1923, cependant que le financier Schacht donne un coup d'arrêt à l'inflation en créant une nouvelle monnaie, le Rentenmark. La Bavière refuse la dictature momentanée des Prussiens de Berlin. Elle proclame le même jour son propre état d'urgence et se donne un triumvirat aux pouvoirs dictatoriaux avec le commissaire d'État Gustav von Kahr, le général Otto von Lossow, commandant la Reischwehr(l'armée), et le colonel Hans von Seisser, chef de la police.

La menace du séparatisme bavarois plane sur le pays. C'est le moment que choisit Hitler pour tenter de se saisir du pouvoir à Munich.

Duel dans la Brasserie

Le 8 novembre, dans une grande brasserie de la capitale bavaroise, le Bürgerbraükeller, 3.000 bourgeois écoutent les trois principaux dirigeants du Land.

La brasserie est brutalement investie par les militants du parti nazi. Leur chef ou Führer, Hitler, monte sur l'estrade. Revolver au poing, il entraîne les dirigeants bavarois dans une arrière-salle et leur intime l'ordre de lui céder le pouvoir ! Mais les fieffés politiciens réussissent à s'esquiver après avoir fait mine de céder.

Rassemblement nazi lors du putsch de la Brasserie, Munich, 8-9 novembre 1923

Déconfit, l'agitateur tente à l'aube de reprendre l'initiative en s'emparant du ministère de la Guerre du Land de Bavière. Au bout de l'étroite Residenzstrasse, une centaine de policiers barrent la route à sa troupe.

Dès les premiers coups de feu, les agitateurs se débandent piteusement, leur chef le premier. Seul, le général Ludendorff fait face à la mitraille. On relève seize morts.

Le «putsch de la Brasserie» débouche sur un fiasco complet. Le chef de la bande est arrêté deux jours plus tard. Au terme d'un procès orageux au cours duquel il va faire étalage de son talent de propagandiste, Hitler est condamné le 1er avril 1924 à cinq ans de prison. Il ne va en effectuer que neuf mois.

Il quitte la forteresse de Landsberg le 20 décembre 1924 avec un épais manuscrit qu'il a eu le loisir de dicter en prison à son fidèle Rudolf Hess. Il y annonce son projet politique pour l'Allemagne. Le titre ? Mein Kampf (Mon combat).

Ivan IV fonde la Russie moderne

Ivan IV a trois ans quand il devient grand-prince de Moscou, à la mort de son père Vassili III. À seize ans, le 16 janvier 1547, il troque son titre contre celui de tsar, revendiqué avant lui par son grand-père Ivan III. Ce mot russe est une déformation de César (qui se retrouve aussi dans l'allemand Kaiser).

Des débuts prometteurs

Le nouveau souverain est un jeune homme érudit et plein de talents. Il veut sortir son pays, la Russie, du désespoir où l'a laissée une longue occupation par les Mongols. Il ambitionne de la hisser au niveau de l'Occident, alors en pleine Renaissance.

Ivan IV soumet les grands seigneurs féodaux, les boyards, en s'appuyant sur les représentants du peuple et de la petite noblesse.

Il vainc après d'âpres combats les Tatars établis sur la Volga, autour de Kazan et Astrakhan. Ces victoires ouvrent aux paysans russes la colonisation de l'immense Sibérie, au moment où les Occidentaux entament celle de l'Amérique.

Vers le cauchemar

Le tsar échoue cependant dans ses efforts pour ouvrir la Russie sur la mer Baltique. Il doit faire face à l'union des Polonais et des Lituaniens, ainsi qu'aux Suédois. C'est à ce moment qu'il éprouve la trahison de plusieurs boyards.

Pour faire face à la montée des périls, le vieux tsar s'attribue un pouvoir sans limites sur les terres les plus riches de la Russie.

Il en élimine les boyards et en confie l'administration à ses hommes de main... Mais ceux-ci commettront tant d'excès que le tsar devra plus tard les remplacer par une noblesse à son service.

Pour tenir les paysans dans la soumission, Ivan IV restreint leur liberté de circulation. C'est ainsi que la paysannerie russe entre dans le servage.

La fin du règne est placée sous le signe d'une horrible répression, ce qui vaut au tsar le surnom de «Terrible» ou «Redoutable» (en russe, Grozny).

Les boyards sont exterminés par milliers. Les habitants de la prestigieuse cité de Novgorod, au nord de Moscou, sont noyés pour s'être révoltés. Ivan IV pousse la folie meurtrière jusqu'à tuer son fils aîné à coups de bâton.

Plusieurs décennies de troubles et d'anarchie s'annoncent avec la mort du tsar à 55 ans, en 1584.

Ivan IV aura forgé l'État russe mais échoué dans sa tentative de le hisser à marches forcées au niveau de l'Occident. D'autres que lui connaîtront semblable échec : Pierre le Grand, Alexandre II et également... Staline.

Ivan le Terrible au cinéma

Le cinéaste soviétique Serguei Eisenstein a mis en images «Ivan le Terrible» en 1943, afin d'exalter le nationalisme russe dans la guerre contre l'envahisseur allemand.

Plus près de nous, en 2009, le personnage d'Ivan IV Grozni a aussi inspiré le cinéaste Pavel Lounguine, qui s'est rendu célèbre par des films au souffle mystique (L'île, Le pope...).

Disparition de Patrice Lumumba

Le 17 janvier 1961, un avion se pose à Elizabethville, capitale de la province du Katanga, au sud du Congo ex-belge. À son bord, un prisonnier, Patrice Lumumba (35 ans). Cet ancien employé des postes a été nommé Premier ministre du Congo lorsque celui-ci est devenu indépendant, le 30 juin 1960. On ne le reverra plus vivant.

L'actualité du jour, avec la liquidation du dictateur Kabila, montre que le Congo n'arrive toujours pas à trouver son équilibre.

Un mirage désespérant

Le Congo, aujourd'hui aussi peuplé que la France et quatre fois plus vaste, bénéficie de ressources naturelles exceptionnelles mais il est moins gâté par l'Histoire.

Lorsque les Congolais demandent l'indépendance en 1958, les Belges ne se font pas prier et accèdent à leur demande sans ménager de transition.

Patrice Lumumba devient chef du gouvernement et son rival Joseph Kasavubu, président de la République.

Le climat se dégrade très vite en raison du manque d'élites et des dissensions entre les tribus de cet immense pays. Dans la rue, les soldats congolais s'en prennent à leurs officiers européens et aux colons. C'est le début des désordres. Ils feront au total quelques 500.000 victimes chez les Congolais et les Européens.

Dans la province du Katanga, où se situent les mines de cuivre, Moïse Tshombé fait sécession avec le soutien actif de la compagnie qui exploite le cuivre et avec l'appui de mercenaires européens.

Patrice Lumumba en appelle à l'ONU, qui envoie des «Casques bleus». Mais ceux-ci se gardent (déjà) de s'immiscer dans les troubles intérieurs.

Patrice Lumumba après son arrestationEn désespoir de cause, le Premier ministre se tourne vers les capitales européennes, sans oublier l'URSS. Le président Kasavubu révoque Lumumba. Arrêté, celui-ci est livré à Tshombé et assassiné.

La CIA américaine et les Belges sont soupçonnés d'avoir voulu se débarrasser d'un leader trop «progressiste» à leur goût.

Cependant, de nombreuses séditions éclatent dans le pays à l'initiative des nostalgiques de Lumumba (le dictateur Kabila en faisait partie). Le 25 novembre 1965, le colonel Joseph Mobutu devient chef de l'État. Il met fin à la première guerre civile... et entame une longue dictature.

Construction de la ligne Maginot

Le 14 janvier 1930, André Maginot fait voter une loi en vue de construire une ligne fortifiée sur les frontières orientales de la France.

Très décriée après l'invasion de 1940, cette initiative n'en est pas moins approuvée dans l'instant par la grande majorité de la classe politique et du corps des officiers, y compris le capitaine Charles de Gaulle.

La ligne Maginot et la frontière franco-allemande

La France engage en 1930 la construction de la ligne Maginot. Trois ans plus tard, Hitler arrive au pouvoir. La Sarre, consultée par plébiscite en 1935, rejoint le Reich hitlérien ; peu après, le Führer rétablit le service militaire obligatoire en violation du traité de Versailles...

Une nécessité stratégique

Haut fonctionnaire, André Maginot (53 ans) s'est engagé comme soldat pendant la Grande Guerre et a fini celle-ci avec le grade de sergent et la médaille militaire. C'est l'un des très rares parlementaires à présenter de tels états de service, de sorte que ses collègues n'osent rien lui refuser quand la patrie est en débat... En 1920, il organise le transfert du Soldat Inconnu sous la voûte de l'Arc de Triomphe.

Ministre de la Guerre dans le gouvernement Tardieu, il reprend la suggestion émise par Paul Painlevé en 1925 de fortifier les frontières orientales du pays. Il plaide pour une ligne de défense flexible, capable de suppléer à la diminution des effectifs militaires prévue à partir de 1935 en raison du déficit des naissances. C'est ainsi qu'il obtient des parlementaires un crédit de 3,3 milliards de francs sur quatre ans.

Le chantier, le plus grand de son temps, va employer jusqu'à 20.000 ouvriers.

Ce réseau de fortifications à demi-enterrées comporte une cinquantaine de gros ouvrages équipés d'artillerie et quelques centaines de casemates et d'observatoires isolés. Il inaugure une conception purement défensive des stratèges français, à l'opposé de la conception offensive de leurs homologues d'Outre-Rhin. Il témoigne aussi d'une perte de confiance de la classe politique dans l'avenir des relations franco-allemandes... malgré la publication au même moment (1930) d'un mémorandum en faveur d'une union fédérale européenne par Aristide Briand.

Les fortifications débutent sur les bords de la Méditerranée, au-dessus de Menton, et s'égrènent jusqu'à la frontière belge et au-delà, y compris le long du Rhin. Mais dans le massif des Ardennes, jugé infranchissable par le haut commandement français, les autorités se contentent de fortifications légères.

Les Belges refusent par ailleurs que les Français prolongent la ligne Maginot le long de leur frontière car ils craignent d'être sacrifiés en cas de nouveau conflit entre la France et l'Allemagne. C'est ainsi que le long de la frontière avec la Belgique, la ligne Maginot se réduit à quelques ouvrages fortifiés de modeste importance.

Les gros ouvrages de la ligne Maginot couvrent en définitive 140 km sur la frontière du nord-est, longue de 760 km de la mer du Nord à la Suisse.

De l'autre côté de la frontière, le gouvernement allemand réplique dès 1937 avec une autre série de fortifications : la ligne Siegfried. Beaucoup plus légère que la ligne Maginot, elle a surtout vocation à tromper les Français sur la capacité offensive de la Wehrmacht.

Une réussite militaire, un alibi politique

Quand la guerre est déclarée à l'Allemagne de Hitler, moins de dix ans après la construction de la ligne Maginot, les fortifications remplissent dans l'ensemble leur office. De septembre 1939 à juin 1940, le fort de Schoenenbourg, au nord de l'Alsace, tire à lui seul près de 20.000 obus en 10 mois. Invaincu, son «équipage» ne se rend que le 1er juillet 1940, six jours après l'armistice, sur ordre express du haut commandement français.

Dans le secteur frontalier de Maubeuge, les hommes du 87e RIF résistent au prix de lourds sacrifices à une percée des blindés de la 5° Panzer du général Schmidt. Dans le secteur frontalier de l'Escaut, à Bouchain, des hommes du 45e RI (régiment d'infanterie), sous le commandement du colonel Desroches, empêchent le franchissement du fleuve du 22 au 26 mai 1940. Ce fait d'armes provoque le 2 juin 1940 la venue de Hitler en personne. Courroucé, le Führer se fait expliquer du haut de la Tour de l'Ostrevant par le général commandant le 8e Korps pourquoi ses unités ont été tenues en échec par un simple régiment d'infanterie.

Le 54e RIF et le 43e RI paient également un lourd tribut en résistant pendant six jours et six nuits aux assauts ennemis, rendant possible l'évacuation des troupes anglo-françaises à Dunkerque.

Au vu de ces exploits, on peut s'interroger sur les résultats de l'offensive allemande si la frontière belge et les Ardennes avaient été plus solidement fortifiées. La ligne Maginot a péché moins par ses insuffisances techniques que par le fait qu'elle ait servi d'alibi aux pacifistes de tout poil qui ont successivement abandonné l'Autriche et la Tchécoslovaquie au prétexte que la France n'avait de toute façon rien à craindre.

les Afghans écrasent les Indiens à Panipat

Le 14 janvier 1761, une grande bataille a lieu à Panipat, près de Delhi (Inde), en un lieu célèbre où s'affrontent régulièrement les peuples de l'Asie du Sud. Elle consacre l'apogée de l'Afghanistan...

Un héros afghan

Le vainqueur de Panipat est Ahmed Chah Abdali. C'est un guerrier pachtoun de confession sunnite, d'une quarantaine d'années, originaire des montagnes afghanes.

Ahmed Chah a d'abord guerroyé pour le compte du souverain perse Nadir Chah. Mais ce dernier est assassiné en 1747. Profitant du retour de l'anarchie en Perse, Ahmed Chah réunit les tribus afghanes sous son autorité et s'en désigne roi. Il fonde la dynastie Durrani, du nom de sa tribu, que l'on connaît aussi sous un nom plus ancien, Abdali.

Dans la foulée, Ahmed Chah envahit une partie de la Perse, conquiert le Cachemire et pousse un raid jusqu'à Delhi, capitale de l'empire moghol des Indes. Cet empire musulman a été fondé par le conquérant Babur chah en 1526. Deux siècles et demi plus tard, il est en pleine décrépitude.

Il ne reste plus que les Marathes pour pouvoir résister aux Afghans. Ils forment une puissante confédération de principautés hindouistes au centre du sous-continent. Mais ils sont divisés et haïs de leurs voisins et alliés, qu'ils accablent d'impôts. Pour une fois, face à Ahmed Chah, ils s'allient à leurs ennemis moghols. Cela ne les empêche d'être écrasés à Panipat.

Éphémère triomphe de l'Afghanistan

Se détournant de l'Inde, Ahmed chah utilise sa victoire sur les Marathes et les Moghols pour affermir l'indépendance des tribus afghanes, tant sunnites que chiites, afin qu'elles ne soient plus comme autrefois sujettes aux attaques de la Perse ou des potentats indiens. À sa mort, en 1773, le royaume d' Afghanistan va atteindre sa plus grande extension, du Tibet aux rives de l'océan Indien.

Sur le long terme, la victoire de Ahmed chah profite surtout à la Compagnie anglaise des Indes orientales en affaiblissant les principaux États de l'Inde qui auraient pu s'opposer à son expansion. La Compagnie poursuit la colonisation du sous-continent pour le compte des négociants britanniques.

Plus tard, l'Afghanistan va subir à son tour la pression des Britanniques... et leur donnera beaucoup de fil à retordre. Après beaucoup de vicissitudes, son indépendance sera reconnue en 1921 par la Grande-Bretagne.

Le tsar Alexandre II crée les «zemstva»

Le 13 janvier 1864, le tsar libérateur Alexandre II institue par décret les «zemstva» («zemstvo»au singulier). C'est l'amorce d'une démocratie locale et un espoir de progrès pour les campagnes arriérées de l'immense Russie.

Ces «zemstva», assemblées locales où toutes les classes sociales sont représentées, ne constituent pas une nouveauté. Elles existaient dans la Russie des origines avant de disparaître suite aux invasions mongoles, au XIIIe siècle.

Paysans russes dans un "mir" (collectivité médiévale)

En ressuscitant les zemstva trois ans après avoir aboli le servage, le tsar veut associer les paysans à la gestion des campagnes et améliorer celle-ci.

Les nouvelles assemblées, libérées de la tutelle de la noblesse, font très vite la preuve de leur compétence et prennent en main les affaires locales, en matière sociale, dans les transports comme dans l'éducation. La même année, le tsar humanise la justice et supprime les châtiments corporels.

Ainsi, ayant surmonté sa défaite dans la guerre de Crimée contre les Français et les Anglais, la Russie est en passe de se hisser au niveau des grandes nations occidentales. Mais en 1866, un premier attentat contre le tsar interrompt le processus de réforme.

La démocratisation du régime tsariste ne survit pas à l'assassinat d'Alexandre II en 1881. En 1890, son fils et successeur, Alexandre III, dépouille les zemstva d'une bonne part de leur efficacité en rétablissant la noblesse dans un rôle prédominant.....

Les Hereros se révoltent... et meurent

Le 12 janvier 1904, les Hereros se révoltent contre les colons allemands qui occupent leur territoire, le Sud-Ouest africain (aujourd'hui la Namibie). Les Allemands réagissent avec une brutalité extrême et exterminent la presque totalité du peuple herero.

Un génocide ?

Le drame herero reflète les horreurs dont a été entachée l'expansion coloniale européenne à la fin du XIXe siècle. Il donne aussi un avant-goût des génocides du XXe siècle. Est-il lui-même un génocide ? Non. Il ne relève pas du projet d'extermination d'un peuple, coupable du seul fait d'exister.

Il se présente comme une risposte disproportionnée à un soulèvement armé. De ce genre de risposte, l'histoire européenne en est hélas tissée et les peuples africains n'ont pas été les seuls à en pâtir. Que l'on songe seulement à la répression du soulèvement vendéen par les Républicains français et au compte-rendu du général Westerman !

Si les colons allemands ont sévi contre les Hereros et laissé tranquilles les Ovambos et les Hottentots, autres peuples du Sud-Ouest africain, c'est que seuls les premiers les ont attaqués. Cela fait toute la différence entre ce massacre et les génocides ultérieurs d'Arméniens, de Juifs, de Tziganes ou encore de Tutsis.

Au bord de la guerre

Le Sud-Ouest africain est un territoire grand comme deux fois la France, semi-désertique et inhospitalier, bordé à l'ouest par l'océan Atlantique et au sud par le fleuve Orange. Avant l'arrivée des Européens, il est seulement habité par des groupes clairsemés.

Ce sont en premier lieu des Aborigènes à la peau cuivrée : les Hottentots et les Khoisans ou Bochimans (déformation de l'anglais Bushmen, hommes du bush). Ils comptent des tribus telles que les Sans, les Samaras ou les Namas. Ces pasteurs adaptés au climat semi-désertique descendent des populations qui habitaient le continent africain avant l'arrivée des Noirs.

Les Noirs, ou Bantous, sont également représentés dans le Sud-Ouest africain. Ils appartiennent à la tribu des Ovambos et à celle des Hereros. Dès le milieu du XIXe siècle, ils sont en relation avec des missionnaires britanniques.

Au printemps 1883, un jeune marchand allemand, Heinrich Vogelsang, aborde dans une crique du nom d'Angra Pequena. Il prend contact avec un chef local, Joseph Fredericks, et conclut avec lui l'achat des terres environnantes. C'est ainsi que le 12 mai 1883, il hisse le drapeau allemand au-dessus de la crique et télégraphie à son associé, un riche négociant du nom de Franz Lüderitz : «Territoire acheté au chef contre paiement unique».

À Berlin, l'empereur Guillaume 1er et son chancelier Otto von Bismarck suivent avec intérêt les tribulations africaines de leurs concitoyens. L'empire allemand n'a pas encore de colonies à la différence de la République française et du Royaume-Uni et ils commencent à s'en inquiéter, vu que les territoires disponibles en Afrique commencent à se faire rares.

Le 24 avril 1884, le gouvernement allemand du chancelier Bismarck informe officiellement Londres qu'il accorde sa protection à Lüderitz et Fredericks. De ce jour date la naissance de l'empire colonial allemand. Le premier gouverneur de la colonie du Sud-Ouest africain (Südwest-Afrika en allemand) est un certain Dr H. Goering, dont le fils Hermann s'illustrera d'une triste façon aux côtés d'Adolf Hitler.

Sous l'impulsion du gouverneur, les colons allemands fondent une capitale proprette, Windhoek, et développent de vastes plantations en employant les indigènes à des travaux forcés, en volant leur bétail et à l'occasion leurs femmes (d'où l'apparition, rapidement, d'une communauté métissée).

Les Hereros sont confinés dans des zones tribales et ne bénéficient pas des garanties du droit allemand.

Révolte

C'est dans ce contexte qu'éclate la révolte des Hereros. Un groupe de guerriers conduit par un certain Samuel Maharero attaque les colons du poste d'Okahandja. 123 Allemands sont massacrés en trois jours dans des conditions particulièrement horribles. Six mois plus tard, un nouveau gouverneur, le général major Lothar von Trotha, débarque dans la colonie avec un renfort de 3500 soldats. Il a mission de chasser les Hereros du territoire ou de les exterminer.

Combats entre Herreros et Allemands Le 11 août 1904, les troupes allemandes conduites par Lothar von Trotha encerclent 7500 Hereros et leur chef Maharero sur le plateau de Waterberg. Leurs armes puissantes ont facilement raison des assiégés. Les survivants sont chassés avec leur bétail vers le désert du Kalahari.

Le 2 octobre, un ordre du jour de Von Trota enlève aux Hereros tout espoir de retour. Cet ordre d'extermination (Vernichtungsbefehl) est ainsi rédigé : «À l'intérieur de la frontière allemande, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n'accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple herero. Le grand général du puissant empereur. Von Trotha».

À Berlin, le chef d'état-major allemand, le comte Alfred von Schlieffen, peut écrire : «L'aride désert Omeheke finira ce que l'armée allemande a commencé : l'extermination de la nation Herero».

Le 11 décembre de la même année, le chancelier allemand Bülow ordonne d'enfermer les Hereros survivants dans des camps de travail forcé et peu après, les dernières terres indigènes sont confisquées et mises à la disposition des colons allemands.

Dans les trois années qui suivent, des dizaines de milliers de Hereros succombent à la répression, aux combats, à la famine et aux camps. De près d'une centaine de milliers, leur population tombe à 15.000.

Du Sud-Ouest africain à la Namibie

Conséquence de cette tragédie, les Hereros sont aujourd'hui dépassés en nombre par les Ovambos dans la Namibie moderne (nouveau nom du Sud-Ouest africain).

Placé par l'ONU sous mandat sud-africain en 1945, le territoire est devenu indépendant en novembre 1989.

Naissance de l'art gothique à Saint-Denis

11 juin 1144
Naissance de l'art gothique à Saint-Denis

Le choeur de la basilique de Saint-Denis, dédiée au premier évêque de Paris, est solennellement consacré le dimanche 11 juin 1144.

L'abbé Suger invite à la cérémonie le roi de France, Louis VII le Jeune, et sa femme, la duchesse Aliénor d'Aquitaine, ainsi que tous les grands personnages du royaume, y compris les évêques et les archevêques. Ces derniers, émerveillés par la lumière des vitraux et l'élancement de la structure, regagnent leur diocèse avec le désir de reconstruire leur propre cathédrale dans le style particulier de Saint-Denis.

C'est le véritable début de l'art gothique.


Suger, homme d'exception

Fils d'un serf, Suger s'est hissé par ses seuls talents jusqu'au sommet de l'Église et de l'État, devenant abbé de Saint-Denis, au nord de Paris.

Cette abbaye, dont les plus anciennes parties remontent aux rois mérovingiens de la lignée de Clovis, a été très tôt un lieu de pèlerinage. Dès l'époque de Dagobert, des rois et des princes s'y font inhumer. Pépin le Bref et ses deux fils, Carloman et Charlemagne, y ont été sacrés rois de France par le pape (Charlemagne sera par ailleurs sacré empereur à Rome).

Entrepreneur hors pair, Suger fait reconstruire l'église abbatiale de Saint-Denis... Il a le sentiment d'oeuvrer ainsi pour la gloire de l'Église et du royaume. Ses conceptions sont à l'opposé de son contemporain et rival, l'austère Bernard de Clairvaux, qui plaide pour le dépouillement des lieux de culte.

Dans un premier temps, pour la façade et la crypte de l'église, l'abbé adopte le style roman de l'époque, non sans introduire sur la façade une superbe rosace, la première du genre.

Le style roman (ou romain, c'est-à-dire d'inspiration latine) s'est épanoui après l'An Mil en Occident à l'occasion du renouveau de l'Église. Il se caractérise par des voûtes en berceau soutenues par de solides parois en pierre.

Un art français

Mais vers 1130, à Sens, à l'occasion de la construction de la cathédrale Saint-Étienne, un nouveau style architectural apparaît subrepticement, plus léger, plus élancé, plus lumineux. L'abbé Suger est séduit par ce nouveau style et décide de s'en inspirer pour l'achèvement de sa chère basilique.

Avec la consécration du choeur de la basilique, les contemporains ont conscience d'assister à la naissance d'un nouveau style architectural, proprement révolutionnaire par sa hardiesse et son caractère résolument novateur...

Art gothique ? disons plutôt art français !

Le style architectural qui caractérise le choeur de Saint-Denis est d'abord baptisé «ogival» par référence à l'ogive ou à l'arc brisé, ou encore «art français» car il est né au XIIe siècle dans le Bassin parisien, à Sens, Saint-Denis, Laon, Noyon, Paris. Il sera sous la Renaissance baptisé par dérision «art gothique» (c'est-à-dire «à peine digne des Goths»).